Aucune loi n'impose à toutes les entreprises d'utiliser la cryptographie post-quantique à une date donnée. Il existe en revanche un ensemble de calendriers convergents, publiés par des organismes de normalisation, des agences nationales et des gouvernements : certains sont contraignants pour des secteurs précis, la plupart relèvent de la recommandation. Lus ensemble, ils dessinent un plan clair : inventorier maintenant, migrer les systèmes les plus sensibles d'ici 2030, terminer d'ici 2035. Chaque date ci-dessous renvoie à notre calendrier sourcé.
Les dates repères
NIST : 2030 et 2035
Le plan de transition du NIST, publié sous la forme du projet IR 8547, déprécie les algorithmes RSA et à courbes elliptiques de niveau de sécurité 112 bits après 2030 et interdit les algorithmes à clé publique vulnérables au quantique, comme RSA et ECDSA, après 2035, quelle que soit leur taille. Le document n'est encore qu'un projet, mais éditeurs et agences du monde entier planifient déjà en fonction de ces dates.
Union européenne : 2026, 2030, 2035
La feuille de route coordonnée de l'UE de juin 2025 demande aux États membres d'engager la transition et de disposer de feuilles de route nationales d'ici fin 2026, de migrer les cas d'usage à haut risque d'ici fin 2030 et ceux à risque moyen d'ici fin 2035. Au-delà de ces dates, la cryptographie à clé publique vulnérable au quantique ne devrait plus être utilisée seule dans les cas d'usage concernés. Il s'agit d'une recommandation adressée aux États membres, mais elle devient la référence pour le secteur privé.
France : 2027 et 2030
L'ANSSI rend l'hybridation obligatoire dans son périmètre réglementé (informations sensibles et classifiées, opérateurs d'importance vitale, produits qualifiés). Elle vise à exiger la cryptographie post-quantique pour les produits entrant en qualification à partir de 2027 et considère qu'acheter des produits qui en sont dépourvus ne sera plus raisonnable après 2030. En dehors du périmètre réglementé, il s'agit de recommandations, et non d'obligations légales.
Allemagne et Royaume-Uni
Le BSI ne recommande l'établissement de clés classique seul que jusqu'à fin 2031, et l'usage hybride dès à présent. Le NCSC britannique demande aux organisations d'achever la phase de découverte et un plan de migration d'ici 2028, les migrations prioritaires d'ici 2031 et la migration complète d'ici 2035.
États-Unis
L'Executive Order 14412 et le mémorandum M-26-15 de l'OMB (juin 2026) imposent aux agences fédérales de tenir un inventaire cryptographique automatisé, d'utiliser l'établissement de clés post-quantique sur les systèmes à haute valeur d'ici fin 2030 et les signatures post-quantiques d'ici fin 2031. Un projet de règle sur les marchés publics devrait étendre ces exigences aux prestataires fédéraux.
Les règles qui s'imposent déjà à de nombreuses entreprises
- PCI DSS 12.3.3 : un inventaire des suites cryptographiques et des protocoles, revu chaque année, obligatoire depuis mars 2025 pour toute entité qui traite des paiements par carte.
- DORA : les entités financières de l'UE doivent disposer d'une politique de chiffrement capable de faire évoluer la technologie cryptographique au rythme des progrès de la cryptanalyse, ainsi que d'un registre des certificats.
- NIS2 : les entités essentielles et importantes doivent disposer de politiques relatives à la cryptographie et au chiffrement.
- Cyber Resilience Act : les produits vendus dans l'UE doivent chiffrer les données au moyen de mécanismes conformes à l'état de l'art, avec une application complète en décembre 2027.
Aucun de ces textes ne mentionne ML-KEM, mais tous exigent que vous connaissiez votre cryptographie et que vous soyez capable de la faire évoluer. C'est exactement ce dont la transition post-quantique a besoin.
Que faire, échéance par échéance
Dès maintenant et jusqu'à fin 2026
- Construire l'inventaire cryptographique : points de terminaison externes, liens internes, certificats, bibliothèques et clés.
- Activer l'échange de clés post-quantique hybride là où il s'agit d'une simple modification de configuration, en commençant par les services exposés sur Internet.
- Supprimer ce qui est déjà obsolète : TLS 1.0 et 1.1, 3DES, RC4, signatures SHA-1, clés RSA de moins de 2048 bits.
- Demander à vos fournisseurs leur feuille de route post-quantique.
De 2027 à 2030
- Migrer les systèmes à haut risque : données soumises à un besoin de confidentialité de longue durée, infrastructures critiques, systèmes d'identité et de signature.
- Privilégier, pour chaque nouvel achat, les produits prenant en charge le post-quantique.
- Tester les signatures et certificats post-quantiques là où votre écosystème les prend en charge.
De 2031 à 2035
- Achever la migration des systèmes restants, signatures comprises.
- Retirer les algorithmes vulnérables au quantique utilisés seuls avant que le NIST ne les interdise après 2035.